Publié le Dimanche 2 décembre 2012 à 10:15:00 par La rédaction
Attaque contre le jeu vidéo : Claire Gallois remet le couvert, nous lui répondons
Erreur de parcours

Pourtant, la toile s’est enflammée et nombre de « contre-articles » et autres commentaires ulcérés, voire insultants, ont été écrits en retour par nos confrères.
Honnêtement, de notre point de vue, il s’agissait vraiment de donner plus d’importance à cette affaire qu’elle n’en méritait. Affaire qui, sincèrement, aurait pu et aurait certainement dû en rester là. L’ignorance flagrante de madame Gallois sur le monde des jeux vidéo, voire peut-être sur le monde culturel en général, et ses amalgames vraiment douteux, autant de raccourcis faciles et stupides, n’auraient mérité qu’un mépris silencieux et, peut-être, un ou deux ricanements moqueurs.
Pour rappel, madame Gallois s’alarmait de la violence grandissante dans les jeux vidéo, et surtout mettant en exergue les liens entre de récents tueurs, tels que Breivik ou Merah, et les jeux violents auxquels ils jouaient. Et de mélanger tout ça dans un énorme gloubi-boulga mettant en relation actes de terrorisme, jeu vidéo et loi Nutella.
L’affaire aurait dû en rester là, disais-je. Or voilà que Le Point, toujours à l’affût d’un bon coup médiatique, quitte à passer pour un support ordurier ou putassier, remet le couvert en laissant madame Gallois donner une suite à ses propos.

Cette fois, donc, nous nous décidons à prendre la plume pour répondre. Nous ne sombrerons pas dans l’insulte gratuite et non constructive, ou l’indignation méprisante dont ont pu faire preuve lecteurs et confrères. Mais de nous contenter d’expliquer à madame Gallois pourquoi elle se trompe de cible. Pourquoi elle s’attaque de la plus mauvaise manière à un poids lourd de la culture, devenu aujourd’hui un indispensable de notre société, et pourquoi, finalement, dans sa méconnaissance et sa vision trop étriquée, elle fait fausse route.
D’abord, il convient de vous signaler, madame, que malgré votre réponse agacée, vous ne maitrisez tout simplement pas votre sujet. Sans jamais vouloir affirmer que seuls les professionnels du milieu et les joueurs ont « droit de connaissance » sur l’industrie vidéo-ludique, comment ne pas lever les yeux au ciel et soupirer, en lisant que « [le jeu vidéo] n'est pas un souci au ministère de la Culture. On ne perd pas son temps avec des distractions qui ne contribuent pas à la promotion des arts. Call of Duty, Dishonored, Assassins Creed, Grand Theft Auto, Manhunt ? C'est qui, c'est quoi ? »
Et bien c’est oublier que le ministère de la Culture a fait Chevaliers des arts et des lettres plusieurs grands développeurs français du jeu vidéo, tels Michel Ancel (Rayman, les Lapins Crétins) et Frédérick Raynal (Alone In The Dark, un jeu que vous pourriez qualifier de violent d’ailleurs). Et même des étrangers tiens, à commencer par Shigeru Miyamoto (emblème de Nintendo et papa de Super Mario, Donkey Kong ou The Legend of Zelda). Ou tout simplement qu’en mars dernier, le Ministère de la Culture a créé et remis les prix du jeu vidéo 2012, et annoncé la création d’une Cité du Jeu vidéo dont l’ouverture est prévue au second semestre 2013.

Quand il est bien réalisé, le jeu vidéo est un véritable travail d’orfèvre, avec force et détails sur la personnalité et l’empreinte qu’on leur façonne. Même avec sa violence inhérente à son époque (la Peste Noire en Angleterre victorienne), un jeu – français – récent que vous citez comme Dishonored (des lyonnais d’Arkane Studios) reste avant tout un produit remarquable pour son univers, sa narration, sa liberté de jeu pour le joueur même et son travail d’environnement et d’ambiance. Sa violence n’est qu’une composante parmi tant d’autres, ce que vous ne semblez ni analyser ni comprendre, en le comparant à Call of Duty et GTA. Trois licences qui n’ont rien en commun, à commencer par l’utilisation de leur violence, la finalité de cette utilisation, le contexte narratif et le recul des scénaristes sur leur histoire et sur la mise en abîme du joueur et spectateur dans des jeux frôlant parfois le cinéma interactif.

Breivik a toujours soutenu que ce jeu n’avait eu aucun autre intérêt pour lui. Son « addiction » toute relative à Call of Duty a là aussi été expliquée par le tueur : il s’est servi du jeu pour s’entraîner à manier les armes et savoir tuer et réagir en cas de riposte. Call of Duty a donc été… un « simple » terrain d’entraînement. Qu’est-ce que ce lien entre le jeu et le tueur prouve ? Juste que Call of Duty est un jeu « réaliste » (même si ce point pourrait largement être discuté par les soldats qui ont vécu l’enfer du terrain, et même par les joueurs, il suffit de jouer un peu pour se rendre compte que l’on est loin de la réalité), et au rendu suffisamment bon pour offrir des sensations « comme dans la réalité ». Aucunement qu’il pousse à franchir le pas aberrant de tuer dans la réalité.

Un dernier mot enfin sur votre billet de réponse : après avoir amalgamé jeu vidéo et instincts de mort et de meurtre, vous démentez le tout dans le billet suivant, avec force mauvaise foi. Et de citer des « experts » (en quoi, on aimerait bien le savoir) appuyant vos affirmations sur l’affaire du jeune Andy, de la même manière que nous avons si facilement fait appel à leur statut d’argument pour défendre le jeu vidéo face à Breivik dans le paragraphe précédent. Voyez comme une astuce peut se retourner si facilement. Et encore. Au fond, ces experts dont on nous bassine les qualités d’analyse, semblent finalement être décidés à tirer d’hâtives conclusions, quitte à égratigner du monde derrière. Alors jusqu’où faut-il aller accepter votre argumentation ?

Enfin, pour votre gouverne, World of Warcraft est un jeu prenant place dans un univers médiéval fantastique fictif. Que viennent y faire les conventions de Genève ? Les réclamer dans ce jeu, c’est comme réclamer leur application durant la Guerre de 100 Ans. Ou mieux encore, durant les batailles prenant place dans le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, ou le Trône de Fer de George Martin.
Dans ces cas-là, ne faudrait-il pas non plus interdire, censurer, contrôler et « taxer » (ne réclamiez-vous pas dans votre premier texte une taxe sur les jeux vidéo violents ?) les autres produits culturels ? Quid u 7ème art qui décrit si souvent une certaine morale bien douteuse ? Quid des westerns où l’on s’entretue sans vergogne pour un regard de travers ? Des films d’action ? Des péplums ? Trouvez-vous que la morale des Le bon, la brute et le truand , Alien, Casino, Excalibur, et autres films de Leone, Eastwood, Gibson, Hitchock et j’en passe, est un modèle ? Ces films plein de violences, de vengeance, de loi du Talion et autres comportements ? Faudrait-il alors les taxer ? Les interdire ? Ce sont pourtant aujourd’hui autant de chefs d’œuvres reconnus par tous.

Aujourd’hui, c’est la violence de notre monde, reflétée dans le jeu vidéo, voire détournée et modulée en pastiche outrancier dans les jeux d’ultra-violence, que vous déracinez de son contexte de produit contemporain faisant écho des faits et gestes de l’humanité. Parce que vous pensez que le joueur est un écervelé, et que montrer cette torture dégradante dans un Call of Duty ne le fera pas réfléchir dessus et se rendre compte d’une réalité reproduite ici, mais l’excitera dans ses instincts les plus bas.
Et ne nous sortez pas l’argument souvent utilisé par les détracteurs du jeu vidéo, à base de « mais dans les jeux, on est acteur, la portée de la violence est plus importante ». Cet argument a depuis longtemps été démonté par différentes études. Les joueurs savent faire la part des choses, comme vous saurez la faire, à lire votre capacité de recul sur la violence, lorsque vous regarderez un film comportant des scènes de violence. Ils savent qu’ils ne sont pas vraiment acteurs, tout au plus d’un film semi-interactif, et non d’une réalité liée à la leur.
Terminons par le fait que la quasi-totalité des jeux vidéo violents que vous citez sont déconseillés, voire interdits selon les pays, aux moins de 18 ou 21 ans et qu’à cet âge-là, nous sommes censés savoir faire la part des choses. C’est surtout cela, que vous oubliez, madame Gallois. Que l’industrie du jeu vidéo est aujourd’hui suffisamment mâture pour pouvoir se freiner elle-même en imposant sur chaque jaquette une norme conseil d’âge minimum d’utilisation. Et se priver, donc, en théorie, d’une partie de ses consommateurs potentiels. Des normes qui plus est bien plus sévères que celles du cinéma ou de la télévision. Quant aux livres, n’en parlons pas, il n’y en a pas.

Voudriez-vous réellement vivre dans une société aseptisée et où une certaine censure « de bon aloi » prédomine ?
Ne cédez donc pas à l’obscurantisme à votre tour, comme le firent nos – vos – ancêtres. Soyez au-dessus de cela et comprenez que si les jeux vidéo violents peuvent être néfastes pour notre jeunesse, il s’agit avant tout d’un problème d’éducation et d’autorité parentale. Un problème de société où les parents d’aujourd’hui préfèrent fermer les yeux et se détendre – s’abrutir ? – devant la télé, le soir, sans se demander ce que font leurs enfants, du moment que ces derniers sont sages et leur foutent la paix.
Le jeu vidéo n’est pas un danger en lui-même. Pas plus que le cinéma ou la littérature. L’ignorance, elle, est le premier fléau et le premier danger qui peut guetter une humanité ayant en mains toutes les cartes pour progresser intellectuellement. Avec le progrès, et par conséquent les jeux vidéo, à ses côtés.
Commentaires
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Ecrit par Alexandre C.si on raisonne comme Mme Gallois, Tetris aurait contribué à la destruction du mur de Berlin
Claire Gallois a tort, les jeux vidéos ne conduisent pas à la violence.
Au chômage, à la limite...

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J'ai donc lu sa fiche wikimerdia, mais j'ai trouvé plus complet, et je vous le met parce que c'est tellement naze que ça en est drôle (surtout le début de sa vie):
Claire Gallois est née à Paris en 1937. Elle quitte volontairement sa famille à l'âge de 9 ans pour aller en pension. Elle se marie l'année du bac et s’enfuit au bout de huit jours. En 1965 paraît À mon seul désir, son premier roman. Elle parcourt les routes jusqu'en 1972, année de naissance de son fils, puis devient journaliste et collabore à Elle, Marie-Claire, le Figaro, Paris-Match. En mars 1997, licenciée de chez Albin Michel, elle s'inscrit à l'ANPE et publie un recueil de 40 témoignages : L'Honneur du chômeur, dans lequel elle donne la parole aux exclus, aux diminués, aux laissés-pour-compte, et tente de présenter avec décence et dignité les douze millions d'individus qui vivent en France en situation précaire. Fidèle à ses engagements, Claire Gallois a reversé l'intégralité de ses droits d'auteur à une association de défense des chômeurs. Elle est nommée jurée au prix Femina en 1984. On lui doit une quinzaine de titres dont Le Cœur en quatre, La Vie n'est pas un roman, Les Heures dangereuses, Trahisons sincères. Son dernier livre, Une fille cousue de fil blanc, a été publié chez Grasset en 2008.

C'est donc une "intello" has been qui a trouvé un nouveau cheval de bataille, comme l'avaient fait avant elle d'autres pour les jeux de rôles à la grande époque de ces derniers.
Comme l'avait si bien écrit Greg (un grand auteur, lui), les gens comme Gallois:
"Je m'en brosse le nombril avec le pinceau de l'indifférence".
Sur d'autres sites, ils ont mis en place un système de "con du mois". Je pense que si on reprend le principe, on a la gagnante pour l'année 2012.

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Ecrit par Quantumsur ce point, je pense que tu te plantes... les gens cherchent plus à réduire leur malheur qu'à augmenter leur bonheur.
Si les gens avaient de l'espoir, il ne perdraient pas leur temps a essayer de se faire du mal les uns les autres.
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Si Le Point est à ce point (sic) disposé à publier les inepties d'une ignorante de ce calibre, alors il devrait être friand d'entretenir la joute verbale.
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Ecrit par Sashimi
Je sais pas trop bien comment fonctionne la presse, mais pourquoi ne pas demander un "droit de réponse" au journal Le Point, et faire publier cet article ?
Si Le Point est à ce point (sic) disposé à publier les inepties d'une ignorante de ce calibre, alors il devrait être friand d'entretenir la joute verbale.
Pour avoir un droit de réponse, il faut être cité nommément dans un article. Jeuxvideo.com est la seule entité, personne morale citée dans son article, ce sont donc les seuls à pourvoir user de ce droit.
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Ecrit par Athotelle cite "les joueurs"
Pour avoir un droit de réponse, il faut être cité nommément dans un article. Jeuxvideo.com est la seule entité, personne morale citée dans son article, ce sont donc les seuls à pourvoir user de ce droit.
Cédric est un joueur, il a le droit de répondre

6759 Commentaires de news
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Ecrit par Athot
Pour avoir un droit de réponse, il faut être cité nommément dans un article. Jeuxvideo.com est la seule entité, personne morale citée dans son article, ce sont donc les seuls à pourvoir user de ce droit.
Le point a mis les choses au "point" l'autre jour, c'est une tribune libre. N'importe qui peux écrire ce qu'il veut mais de l'article erroné, comme un blog. Donc aucun droit de réponse possible et encore moi d'excuse de la part de la mère Gallois.
3821 Commentaires de news
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c'est extreme, ca va loin, mais c'est faisable; ca prend juste du temps et de la motivation
mais suffit que la communauté fasse ce genre de coup d'éclat une fois, meme si ca n'aboutit pas, pour que ca lance un message
quand aux politicards du coin: y'a pas que lenet qui est un farwest plein de calomnies, de rumeurs et d'amalgames incitants à la haine.. la presse traditionnelle fait deja ca tres bien...
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