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Inscrit le 03/03/2010 à 20:40

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03/03/2010 à 20:42 - Avatar, critique du film

Sachant qu'il est de plus en plus difficile de soutenir un raisonnement bâti sur de véritables arguments, et surtout de se faire entendre à l'ère du tout numérique, du « tout à l'égo » comme dirait Régis Debray, j'ai décidé – tan pis si c'est contre vents et marées- d'apporter mon soutien – le seul ? - aux propos tenus par le philosophe Raphaël Enthoven et développés dans un brillant article ( trop court) de l'Express.

Si l'on décide donc de passer le dernier film de James Cameron, Avatar, au crible de la raison ( qui fait décidément bien souvent défaut aux spectateurs, moi le premier ) on s'aperçoit qu'il constitue une terrible arme de guerre idéologique tout droit importée des Etats-unis.

Hormis le spectaculaire de la mise en scène qui - convenons en – impressionne, le contraire aurait prêté à rire en regard d'un si gros budget ( 500 millions de dollars pour combien d'haitiens logés décemment ?), il faut, après la forme, s'attacher en effet à l'essentiel : le fond.



A première vue, Avatar est censé défendre la pensée écologiste, dénoncer le racisme et le colonialisme, vitupérer l'impérialisme américain et le capitalisme destructeur ( on connait à cet égard la haine que James Cameron, le réalisateur, entretient avec l'argent...), tout ça en divertissant bien entendu le spectateur qui mange son pop-corn, assommé par les effets spéciaux ! Tout y est.

Le film vient à point nommé alors que les crises de tous types font florès de par le monde. Pas de doute, c'est bien d'un film conjoncturel qu'il s'agit ! Il ne faut cependant pas faire de la crédulité une vertu : posons les lunettes à obturation prêtées par le cinéma et ouvrons les yeux !

Oublions les clichés hollywoodiens et autres poncifs qui pleuvent tout le long du film: le héros gagne, tout est bien qui finit bien, une inévitable histoire d'amour etc... attachons nous plutôt à la visée d'un tel film.

Autrement dit, ne soyons pas passifs, faisons fonctionner nos petites cellules grises. Et l'envers du décor apparaît enfin !



On constate non sans stupeur que l'univers – aussi beau soit-il - des Na'vis, habitants de Pandora, cache un monde qui n'a rien de paradisiaque . On assiste d'abord à un « éloge de la pensée magique » pour paraphraser Enthoven, à une sacralisation de la nature au détriment de la raison et de l'intelligence humaine. A ce titre, le sort de la scientifique ( le nom m'échappe ) qui est responsable de l'opération Avatar, est édifiant. En effet, remarquons que les deux seuls humains qui sortent du lot (et donc dignes d'exister !) sont : un soldat, certes courageux, qui ne se distingue pas par son Q.I, et une scientifique qui découvre à l'heure de sa mort l'existence de la déesse nature Eywa, et s'aperçoit de la petitesse de sa science comparée à la grandeur de la magie ! Au regard d'Eywa, elle n'était pourtant pas suffisamment pure pour qu'elle daigne la sauver de la mort. On croit rêver !



Le monde des Na'vis est donc régi par une nature toute puissante et discriminatoire qui, faisant l'apologie de la pureté d'esprit, c'est-a-dire de l'absence d'esprit, relègue science, raison, et connaissance, bref tout ce qui caractérise l'homme, à l'impotence pis, va même jusqu'à les associer à l'horreur, à la guerre (pensez aux machines conduites par le colonel). Le film promeut donc un retour à l'essentiel et un abandon du superficiel.



Remarquons que ce superficiel, ce surplus dont il faut se dépouiller, c'est ce qui marque le passage de l'homme, ce qui fonde l'Histoire. Or dans le film, L'Histoire -  avec un grand H - , c'est l'horreur, la guerre ; la nature, sainte nature, c'est le paradis. Vision plus que manichéenne du monde, non sans rappeler les pires westerns. Avatar est donc un film anti-Historique, ouvertement opposé à tout ce qui a fait la spécificité de notre humanité. Dès lors, le slogan du film pourrait être : «  Dépouillons-nous de l'humanité qui est en nous ! Et devenons tous des avatars ! ».

Ce qui est plus inquiétant encore, c'est l' exacerbation d'un masochisme morbide: on en vient à souhaiter la mort des guerriers représentant notre propre espèce ! Quoi de mieux pour mettre en lumière le malaise d'une époque ?...

Sous couvert d'une surenchère de bon sentiments, - le film regorge de « bien pensance » - on découvre, comme le fait remarquer Enthoven, un nouveau système raciste qui, fort de ses croyances et sûr de sa morale, excommunie sans pitié toutes les personnes indignes d'appartenir à la tribu. Communautarisme voire ségrégationnisme ! Je pense particulièrement à la scène finale qui me fait encore froid dans le dos...

Tout compte fait, Avatar recèle les tares d'une époque : la notre, sans en apporter jamais le remède.









 

 


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