L'Edito du Dimanche

 

Publié le Dimanche 29 mars 2026 à 12:00:00 par Cedric Gasperini

 

L'Edito du Dimanche

Garaudes

imageJe me souviens, quand j’étais gamin, des giboulées de mars aujourd’hui disparues. On sortait jouer dans la rue, avec les potes, sous un beau soleil de printemps, et on s’occupait comme on pouvait : on shootait dans des cailloux, on essayait de faire des ricochets dans les caniveaux ou, à défaut, on improvisait un foot avec une carcasse de chat mort qui, soit dit en passant, ne l’était pas au coup d’envoi du match.

La pluie se mettait soudainement à tomber, en trombes, sans signe avant-coureur, sans vent humide annonciateur, sans une petite pleue1 d’introduction. Alors on laissait le mâuraud2 se décomposer sur le terrain pour rentrer sans tazonner3 dans la mauzure4 ou s’abriter sous un châugne5.  

A peine à l’abri que le temps revenait au beau, le soleil repointant le bon d’son nez et nous réchauffant l’cacouet6

On ressortait alors pour trouver une nouvelle occupation. Coller des pétards dans les mouciaux7 d’bouses, faire un concours de course de sautériau8 ou jouer à d’Artagnan avec des rauches9.

Et v’la t’y pas que la plée10 retombait de plus belle, toujours sans prévenir, avant même qu’on ait pu aller au bout de l’énième beurnaiserie11 de gamins, avant même qu’on ait pu s’baudrer12.

imageAu bout de 4 ou 5 garaudes13, et pas forcément de la trempure14, mais parfois du grêliau15 qui nous taquait16 l’caberlot17, on arvindait18 à la mainson19 pour plus en ressortir. 

Depuis quelques années, les giboulées de mars ne sont plus ce qu’elles étaient. On en prend quelques fois en avril, ou même en mai. Mais mars, c’est le début du printemps en avance, les allergies qui démarrent toujours un peu plus tôt et je vous jure que je déteste cette putain de saison qui me donne envie de m’arracher les yeux avec des griffes infectées de chat mort en décomposition. Et j’peux même pas dire que j’envie, à cet instant, Gilbert Montagné, parce que je suis certain que les aveugles ne sont pas à l’abri de cette saloperie de pollen.

Hier, j’avais décidé de m’occuper de mon jardin. Quelques trous à creuser pour planter des fleurs mais aussi quelques semis à faire. Tradition nationale oblige, j’avais même sorti mon petit bonnet phrygien, mon balluchon, ma petite robe de printemps et je m’apprêtais à sortir pieds nus. Avec moi, la semeuse prend une tout autre dimension, je vous assure. 

imageEt v’la t’y pas (mes racines berrichonnes ressortent parfois) qu’à peine la première poignée de graines jetées dans ma tranchée qu’une pluie à grosse gouttes se mit à tomber. Je rentrais donc précipitamment m’abriter dans ma demeure où ma chère, tendre et aimante épouse était en train de préparer le repas du soir, en prévision de la venue d’invités. 
« Tiens, t’as déjà fini ? » me demanda-t-elle alors. 
« Ben non, mais y pleut comme vache qui pisse »
Sauf que dehors… pas une goutte de pluie, mais un beau soleil radieux. 
« T’as rien trouvé de mieux pour pas bosser ? »
« Mais je te jure ! », tentais-je alors de me défendre, « y’a trente seconde, ça tombait averse ! »
« A verse », me répondit-elle. « On écrit à verse, pas averse ».

Vexé, je repartais dans un grand mouvement de robe et de bonnet, répandre ma semence dans ce petit carré de verdure qui me sert de potager.

Et bam. Un tas de grêlons sur la gueule.

Rebelotte, je rentrais à nouveau précipitamment m’abriter dans ma demeure où ma chère, tendre et aimante épouse était toujours en train de préparer le repas du soir parce que bon, c’est pas une rapide, hein.

image« Tu joues à quoi, à part à faire des courants d’air dans la maison ? »
« Mais il grêle ! »

Bien entendu, en regardant dehors… pas un grêlon, mais un grand beau soleil.

Sans un mot, mais en grommelant quand même, je suis ressorti planter mes choux. A la mode de chez moi.

Mine de rien, faire mes petites plantations m’a pris une bonne heure. Durant laquelle il a plu et grêlé cinq ou six fois. Tant pis. J’ai tout pris sur la gueule. Tout ça pour ne pas affronter encore une fois le regard dépité de ma chère, tendre et aimante épouse. Qui m’a juste interrompu pour que je lui casse les œufs, parce qu’elle n’aime pas/ne sait pas faire aussi bien que moi. 

Alors que pourtant, pour casser les miens, elle est championne.

Bref. Les giboulées de mars sont de retour cette année. Ben vous savez quoi ? Elles ne m’avaient pas manquées. 

Smiley bisou. Cœur. Cœur. Aubergine.

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Petit lexique berrichon : 
  1. Pluie
  2. Chat
  3. Glander
  4. Maison
  5. Chêne
  6. Nuque
  7. Tas
  8. Sauterelle
  9. Roseaux
  10. Pluie
  11. Bêtise
  12. Se salir avec de la boue
  13. Giboulée
  14. Pluie
  15. Grêle
  16. Frapper
  17. Tête
  18. Revenir
  19. Maison

 

 
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